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Vendanges 2026 : comment sait-on qu’un raisin est prêt à être vendangé ?

Photo du rédacteur: Camila Richard
Camila Richard
il y a 2 jours
4 min de lecture

Les vendanges 2026 ont commencé au Château Latour-Monplaisir. Mais le choix du jour où les premières grappes seront récoltées se prépare bien avant leur arrivée au chai.


À l’approche des vendanges, les baies sont régulièrement prélevées dans les différentes parcelles puis analysées, observées et goûtées. Car un raisin peut sembler mûr, être suffisamment riche en sucres et pourtant ne pas avoir encore atteint la maturité recherchée pour élaborer le vin souhaité.


Derrière le choix de la date des vendanges se cache ainsi un équilibre entre mesures scientifiques, dégustation, connaissance du vignoble et expérience.


Que se passe-t-il dans le raisin lorsqu’il mûrit ?


La maturation est un processus complexe qui transforme progressivement la composition de la baie.

À partir de la véraison, lorsque les raisins rouges commencent notamment à changer de couleur, les sucres produits par la photosynthèse s’accumulent dans les baies. Parallèlement, leur acidité évolue : la concentration en acide malique diminue notamment au cours de la maturation, tandis que l’acide tartrique est plus stable.


Pour le futur vin, cet équilibre entre sucres et acides est essentiel. Les sucres seront transformés en alcool au cours de la fermentation, tandis que l’acidité participera à la fraîcheur, à l’équilibre et à la perception générale du vin.


Mais d’autres transformations, moins immédiatement visibles, ont lieu simultanément. Les composés phénoliques présents notamment dans les pellicules et les pépins évoluent eux aussi. Parmi eux se trouvent les anthocyanes, responsables d’une grande partie de la couleur des raisins rouges, ainsi que les tanins, qui participeront à la structure et au potentiel de garde du vin.


Et toutes ces évolutions ne se produisent pas nécessairement au même rythme.


Mesurer la maturité des sucres


L’un des outils utilisés à l’approche des vendanges est le réfractomètre.


Son principe repose sur la réfraction de la lumière. Quelques gouttes de jus de raisin suffisent : l’appareil mesure la manière dont la lumière est déviée lorsqu’elle traverse le jus, ce qui permet d’estimer sa concentration en matières solubles, essentiellement constituées de sucres à ce stade de la maturation.

Cette mesure permet au vigneron de suivre l'accumulation des sucres et d'estimer le degré alcoolique potentiel du futur vin.


Lors de nos contrôles précédant les vendanges 2026, les mesures indiquaient que nous étions arrivés autour du niveau recherché. En matière de sucres, les raisins approchaient donc de ce que l’on appelle la maturité technologique.


Pour autant, cela ne signifiait pas encore qu’ils étaient prêts à être récoltés.


Maturité technologique et maturité phénolique


C’est une distinction importante lorsque l’on parle de vendanges.


La maturité technologique est généralement appréciée à travers l’évolution des sucres et de l’acidité. La maturité phénolique, elle, s’intéresse à l’évolution des composés phénoliques de la baie et notamment, pour les raisins rouges, à celle des pellicules et des pépins.

Pourquoi est-ce important ?


Parce que les tanins extraits au cours de la vinification participeront directement à la structure du vin. Lorsque les raisins sont insuffisamment mûrs, ils peuvent présenter une astringence plus marquée et des caractères végétaux. Avec la maturation, leur nature et leur extractibilité évoluent.


Pour élaborer des vins à la fois structurés, généreux et capables d’évoluer dans le temps, nous ne cherchons donc pas seulement une quantité suffisante de sucre. Nous cherchons un équilibre global de la baie.


Ce que la couleur des pépins peut nous apprendre


La dégustation commence déjà avec les yeux.


En ouvrant une baie, nous observons notamment les pépins. Au cours de la maturation, ceux-ci changent progressivement d’aspect. Des teintes encore vertes évoluent vers des couleurs plus brunes, accompagnant leur maturation et leur lignification.


Cette couleur constitue un indice, mais elle n'est pas interprétée seule.


Nous goûtons également les pépins. Lorsqu’ils sont encore peu mûrs, leur saveur peut être fortement végétale, herbacée et astringente. À mesure qu’ils mûrissent, ce caractère vert diminue et des notes plus sèches et grillées peuvent apparaître, rappelant notamment l’amande.


La pellicule du raisin est elle aussi observée et dégustée. Sa texture, sa résistance, ses arômes et la sensation laissée par ses tanins apportent d'autres informations sur l'évolution de la baie.

C’est ici que l’expérience du vigneron complète les mesures analytiques.


Quand les chiffres disent « bientôt » et que le raisin dit « pas encore »


C’est précisément ce que nous avons observé à Latour-Monplaisir quelques jours avant les vendanges 2026.


Le réfractomètre indiquait que la concentration en sucres se situait déjà autour du niveau recherché. Mais lorsque nous avons ouvert puis goûté les baies, les pépins présentaient encore une saveur herbacée. Les premières notes rappelant l’amande commençaient à apparaître, mais elles étaient encore trop discrètes.


La maturité des sucres et la maturité phénolique n’avançaient donc pas exactement au même rythme.

Notre décision a été simple : attendre.


À ce stade, les baies ont été contrôlées tous les trois jours afin de suivre leur évolution et d'identifier le moment où les différents paramètres se rapprocheraient de l’équilibre recherché.


Pourquoi ne pas simplement attendre davantage ?


On pourrait alors penser que plus un raisin mûrit, meilleur il sera. La réalité est plus complexe.

Pendant que la maturité phénolique progresse, les sucres peuvent continuer à se concentrer et l’acidité à évoluer. Attendre trop longtemps peut conduire à des degrés alcooliques potentiels plus élevés, à une perte de fraîcheur ou à un profil aromatique différent de celui recherché.


À cela s’ajoutent des paramètres extérieurs : température, pluie, état sanitaire des raisins et prévisions météorologiques.


La date des vendanges est donc toujours un arbitrage. Il ne s’agit pas d’atteindre une valeur théorique parfaite, mais de déterminer le moment où le raisin présente le meilleur équilibre pour le style de vin que l’on souhaite produire.


Vendanges 2026 : de la vigne au chai


Après plusieurs semaines de contrôles et des mois de travail dans le vignoble, les vendanges 2026 ont commencé au Château Latour-Monplaisir.


Le raisin quitte désormais la vigne pour rejoindre le chai, où une autre série de transformations commence. Tri, fermentation, extraction puis élevage révéleront progressivement le caractère du nouveau millésime.


Il est encore trop tôt pour dire ce que deviendra 2026. C’est précisément ce qui rend cette période si particulière.


Les analyses donnent des chiffres. La dégustation apporte d’autres indices. L’expérience permet de les interpréter.


Et, quelque part entre les trois, se décide le premier geste du futur millésime : choisir le moment de vendanger.

 
 
 

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